mercoledì 21 febbraio 2018

Storici francesi online: 5. Philippe Buchez (1796-1865): «Histoire parlementaire de la Rèvolution française» (1834-1838)


Storici francesi online: 4. Hippolyte Taine (1828-1893): «Les origines de la France contemporaine» (1876-1894)


Storici francesi online: 3. Louis Blanc (1811-1882): «Histoire de la Révolution française» (1847-1862)


Storici francesi online: 2. Adolphe Thiers (1797-1877): «Histoire de la Révolution française» (1823-1827)


Storici francesi online: 1. Jules Michelet (1798-1874): «Histoire de la Révolution française» (1847-1853). - 1. Preface de 1868.

B. Home. ↔︎ n. 2
Testo online.
Histoire
de la
RÉVOLUTION
française

par
J. Michelet

Tome Premier


Italiani - inglesi - tedeschi - spagnoli.
Internet Archive: Jules Michelet.
Paris, Imprimerie Nationale
Paul Ollendorff, Éditeur, 28 bis, rue de Richelieu
Imprimée pour le centenaire de 1789
Cette édition a été compoce sur celle de 1868, dont Michelet avait revu et complété le texte. On s’est appliqué tout particulièrement à rendre exacts les références et les renvois.
1889

1.

  Preface de 1868

Cette œuvre laborieuse, qui a rempli huit années de  ma vie, n’a pas eu la bonne fortune des improvisations venues en temps paisible. Elle, a été écrite en plein événement.

Deux volumes parurent en Février. Ils donnaient le récit des plus belles journées de la Révolution, crédule encore, fraternelle et clémente, comme a été sa jeune  sœur de 1848. Ils furent accueillis aux célèbres banquets de cette époque.

Des faits cruels survinrent. Je ne lâchai pas prise. Trois volumes parurent en 1850. Toute voix littéraire s’était tue; toute vie semblait interrompue. Ne voyant que ma tâche, au fond de nos archives, travaillant seul encore sur les ruines d’un monde, je pus croire un moment que je restais le dernier homme.

Quittant Paris au 2 Décembre, n’emportant d’autre bien que les matériaux de mes derniers volumes, les documents de la Terreur, je récrivis près Nantes, en grande solitude, à la porte de la Vendée.

Ainsi, contre vents et marée, à travers tout événement, elle alla cette histoire, elle alla jusqu’au bout, saignante, vivante d’autant plus, une d’âme et d’esprit, sans que les dures traverses du sort l’aient fait dévier de sa ligne première. Les obstacles, bien loin d’arrêter, y aidèrent. Dans une vieille maison transparente que perçaient les grandes pluies, en janvier 1853, j’écrivais sur le même mois correspondant de la Terreur: « Je plonge avec mon sujet dans la nuit et dans l’hiver. Les vents acharnés de tempêtes, qui battent mes vitres depuis deux mois sur ces collines de Nantes, accompagnent de leurs voix, tantôt graves, tantôt déchirantes, mon Dies irœ de 1790. Légitimes harmonies! Je dois les remercier. Ce qu’elles m’ont dit souvent dans leurs fureurs apparentes, dans leurs aigres sifflements, dans le cliquetis sinistrement gai dont la grêle frappait mes fenêtres, c’était la chose forte et bonne, que tous ces semblants de mort n’étaient nullement la mort, mais la vie tout au contraire, le futur renouvellement. . . »

Au bout de quinze années, après le grand travail que je dus à l’ancienne France, je rentre en celle-ci, la France de la Révolution. J’y rentre comme en un foyer de famille, délaissé quelque temps. Mais changé? Nullement. Refroidi? Point du tout.

Epreuve singulière de se revoir ainsi au bout de tant  d’années, de comparer les temps. Qu’étais-je? et qu étions-nous (nous France), et qu’est-ce que nous sommes devenus ?

Contenons notre cœur. Quelles que soient nos tristesses, d’un regard net et ferme observons la situation.

La dureté du temps a brisé bien des choses, mais elle a aussi profité. Nous avons compris à la longue ce qu’on démêlait peu en 1848. Toutes les grandes questions se présentaient alors d’ensemble, impatientes, sans égard à leur ordre logique et naturel. Nous nous exagérions les nuances qui nous divisaient. Un grand progrès s’est fait sous ce rapport. Sans nous dédire en rien ni changer de langage, nous tous, enfants divers de la Révolution, nous concordons en elle, nous rapprochons de l’unité. 

1° Les choses ont repris leur véritable perspective, et tous sont revenus à la tradition nationale. Nul de nous aujourd’hui qui ne voie dans la Liberté la question souveraine. La question économique, qui lui fit ombre, est une conséquence, un approfondissement essentiel de la Liberté. Mais celle-ci précède tout, doit couvrir et protéger tout.

2° La question religieuse paraissait secondaire. Nos avertissements touchaient peu. En vain les Bossuet, les de Maistre, disaient hautement aux nôtres la profonde union des deux autorités. Ils l’ont sue un peu tard. Il leur a bien fallu s’éveiller en voyant le couvent près de la caserne, ces monuments jumeaux qui couronnent aujourd’hui les hauteurs des grandes villes, et proclament la coalition.

3° Point de guerre. Sur cela encore, nous sommes unanimes. Dans le travail immense où la France s’est engagée, elle a bien autre chose à faire. Elle est ravie de voir une Italie, une Allemagne, et les salue du cœur. Un point considérable, c’est que, des deux côtés, les vaillants dédaignent la guerre, sachant que ce n’est plus une affaire de vaillance, mais de pure mécanique entre Delvigne et Chassepot. 

4° Ce qui pourra sembler un peu bizarre à l’avenir,
c’est que nos dissidences en 1 8 48 , les plus âpres peut-être ,
étaient relatives au passé, historiques, archéologiques. Ces
débats se mêlaient à l’actualité. On s’identifiait à ces lu-
gubres ombres. L’un était Mirabeau, Vergniaud, Danton,
un autre Robespierre. Nous gardons aujourd’hui nos
sympathies sans doute à tel ou tel héros de la Révo-
lution. Mais nous les jugeons mieux. Nous les voyons
d’ensemble, nullement opposés et se donnant la main.
Si quelques-uns de nous s’acharnent à ces débats, en
revanche, une grande France, née depuis 1 8/18, un
demi-million d’hommes, qui lisent, pensent et sont
l’avenir, regardent tout cela comme chose curieuse,
mais hors de toute application, avec des circonstances
tellement différentes.



PRÉFACE DE 1868. 7

L’histoire contestée des vieux temps s’est, d’année en
année, éclaircie d’elle-même par tant de documents livrés
à la publicité. Mais nous autres historiens nous y avons
fait quelque chose. Prenant chacun un point de vue,
nous l’avons mis (par nos exagérations mêmes) en pleine
lumière. Il est intéressant de voir combien cette diversité
f a servi. Je voudrais qu’une main habile esquissât l’his-
toire de l’histoire, je veux dire le progrès qui s’est fait
dans nos études sur la Révolution.

La tirer de 1789, c’est en faire un effet sans cause. Lai
faire partir de Louis XV, c’est l’expliquer bien peu en-
core. H faut creuser beaucoup plus loin. C’est toute la
vie de la France qui en prépare, en fait comprendre le
drame final. De moins en moins obscure, elle devient
toute lumineuse au xvin 6 siècle, qui, loin d’être un chaos,
ordonne, écrit splendidement notre credo moderne, que
la Révolution entreprend d’appliquer.

Labeur très long. J’en ai été payé quand (dans mon
Louis XV, vers 1750) j’ai eu la joie de donner fort
simplement ce credo de lumière. En face, je posai les
ténèbres, la Conspiration de famille. Dès le ministère de
Fleury, l’intrigue espagnole-autrichienne et catholico-
monarchique se noue par les. parentés, mariages, etc.
Le premier effet fut le règne de Marie-Thérèse à Ver-
sailles et la guerre de Sept ans qui enterra la France,
donna le monde à l’Angleterre. Le second effet fut le



8 HISTOIRE DE LA RÉVOLUTION FRANÇAISE.

règne de Marie-An toinel te, l’explosion tardive (si lardive !)
de 1 789.

Ceux qui veulent se persuader que cet événement
immense fut l’œuvre d’un parli, un complot d’Orléans,
un mouvement factice qu’imposa Paris à la France,
n’ont qu’à ouvrir les cent volumes in-folio des Cahiers,
les vœux des provinces, leurs instructions aux députés de
la Constituante. Du moins qu’ils prennent connaissance
des extraits des Cahiers, si bien résumés par Chassin.

Dans mon premier volume (1847), j avais indiqué
à quel point les idées d’intérêt, de bien-être, qui ne
peuvent manquer en nulle Révolution, en la nôtre pour-
tant sont restés secondaires, combien il faut la tordre,
la fausser, pour y trouver déjà les systèmes d’aujour-
d’hui. Sur ce point, le beau livre de Quinet confirme le
mien. Oui, la Révolution fut désintéressée. C’est son
côté sublime et son signe divin.

Brillant éclair au ciel. Le monde en tressaillit. L’Eu-
rope délira à la prise de la Bastille; tous s’embrassaient
(et dans Pétersbourg même) sur les places publiques.
Inoubliables jours ! Qui suis-je pour les avoir contés ? Je
ne sais pas encore, je ne saurai jamais comment j’ai pu
les reproduire. L’incroyable bonheur de relrouver cela
si vivant, si brûlant, après soixante années, m’avait grandi
* le cœur d’une joie héroïque, et mon papier semblait
enivré de mes larmes.



PRÉFACE DE 1868. 9

De cette âme agrandie il m’a été donné d’embrasser
l’infini de la Révolution , de la refaire dans la variété de
ses âges, de ses points de vue. C’eût été lui faire tort
que d’en adopter un, de dénigrer le reste. Les opposés
y concordent au fond. La grande âme commune, en
chaque parti qui la révèle, est sentie, est comprise par
des peuples divers, et le sera par d’autres générations
dans l’avenir. Ce sont autant de langues que la Révo-
lution, ce grand prophète, a parlées pour toute la terre.
Chacun avait son droit et devait être reproduit.

Enfermer la Révolution dans un club, c’est chose im-
possible. Le travail infini, la passion sincère de Louis
Blanc n’y a pas réussi. Mettre cet océan dans la petite
enceinte du petit cloître jacobin! Vaine entreprise. Elle
déborde de toutes parts. Elle y eut sa police contre la
trahison, son œil, son gardien vigilant. Mais sa vraie
force active, la Montagne elle-même en ses plus grands
acteurs qui discouraient fort peu, ne siégeait pas aux
Jacobins.

Le temps, qui peu à peu dit tout, et la publication des
documents ne permettent plus d’être exclusif. L’apologie
de la Gironde, si véhémente dans Lanfrey, aujourd’hui
ne semble que juste» Une voix sortie de la mort même,
la voix testamentaire de Pétion, Buzot, enfin s’est fait
entendre ( i 866). Qui osera contredire maintenant?

Tel était l’esprit du système que nos Robespierristes



10 HISTOIRE DE LA RÉVOLUTION FRANÇAISE.

mettaient la Montagne même en jugement. Ils poursui-
vaient Danton. Villiaumé, Esquiros (dans son livre élo-
quent) , le défendirent, et les actes encore mieux. Publiés
récemment par Bougeart, Robinet, ils le couvrent au-
jourd’hui, absolvent sa grande mémoire.

On commence à voir clair, à mieux connaître la Mon-
tagne, que cachait jusqu’ici ce débat des individus. Les
deux cents députés en mission, trop oubliés, reparais-
sent dans leur grandeur, dans leur indicible énergie qui
fit notre salut. Deux médecins de vingt-cinq ans, Bau-
dot, Lacoste, reprennent leur laurier de conquérants
du Rhin. L’organisateur de la guerre (héros lui-même à
Wattignies), le digne et le bon Carnot nous est rendu
enfin par la main de son fils. Les purs entre les purs,
Romme, les cinq amis qui les derniers, en prairial, ont
signé et scellé la Révolution de leur sang, reparaissent
en un livre qui m’a fait frissonner, celui de Claretie, si
brûlant, cruellement vrai.

Les temps faibles ne comprendront plus comment,
parmi ces tragédies sanglantes, un pied dans la mort
même, ces hommes extraordinaires ne rêvaient qu’im-
mortalité. Jamais tant d’idées organiques, tant de créa-
tions, tant de souci de l’avenir! une tendresse inquiète
pour la postérité! Et tout cela, non pas comme on le
croit, après les grands périls, mais au fort de la crise.
Le livre de Despois ( Vandalisme révolutionnaire) inaugure



PREFACE DE 1868. 11

admirablement pour cet âge une histoire nouvelle, celle
de ses créations.

J’ai mieux compris le mot du vénérable Lasteyrie.
Lui parlant de ces temps et de l’impression qu’il en
eut (lui fort exposé, en péril), j’en tirai ce mot seul :
« Monsieur, c’était très beau! — Mais vous pouviez périr?
Vous cachiez-vous ? — Moi, point. J’allais, j’errais en
France. J’admirais. . . Oui, c’était très beau. »

La Révolution, a-t-on dit, a eu un tort. Contre le fa-
natisme vendéen et la réaction catholique, elle devait
s’armer d’un credo de secte chrétienne , se réclamer de
Luther ou Calvin.

Je réponds : Elle eût abdiqué. Elle n’adopta aucuneC^vgO
Église. Pourquoi? C’est quelle était une Eglise elle-



même.

Comme agape et communion, rien ne fut ici-bas com-
parable à 1 790 , à l’élan des Fédérations. L’absolu, l’infini
du sacrifice en sa grandeur, le don de soi qui ne réserve
rien parut au plus sublime dans l’élan de 1792 : guerre
sacrée pour la paix , pour la délivrance du monde.

«Les symboles ont manqué?» Mais toute religion
met des siècles à se faire les siens. La foi est tout; la
forme peu. Qu’importe le parement de l’autel ?

Il subsiste toujours, l’autel du Droit, du Vrai, de l’éter-
nelle Raison. Il n’a pas perdu une pierre, et il attend



&



12 HISTOIRE DE LA RÉVOLUTION FRANÇAISE.

tranquillement. Tel que nos philosophes, tel que nos
grands légistes le bâtirent, il reste le même, solide,
autant que les calculs de Laplace et Lagrange qui y po-
sèrent la loi du temps.

Oui ne le reconnut? n’y sentit Dieu?. . . Quel cercle
on vit autour ? Le monde américain y fut en Thomas
Payne, la Pologne en Kosciuszko. Le maître du Devoir
(ce roc de la Baltique), Kant s’émut. On y vit pleurer le
vieux Klopstock, et ce fier enfant, Beethoven.

Le grand stoïcien Fichte, au plus cruel orage, ne
s en détacha pas. H nous resta fidèle. En plein 1 7 9 3 , il
publia son livre sur l’immuable droit de la Révolution.

Cela lui fut compté. Il en garda ce cœur d’acier, qui,
après Iéna, releva l’Allemagne, prépara le réveil du
monde, opposant à la force une force plus grande, l’Idée,
— et, devant l’ennemi, enseignant la victoire du Droit,
contre lequel on ne prescrit jamais.



Un mot sur la manière dont ce livre se lit.

Il est né du sein des Archives. Je l’écrivis six ans
(i845-i85o) dans ce dépôt central, où j’étais chef de
la section historique. Après le 2 Décembre, j’y mis deux
ans encore, et l’achevai aux archives de Nantes, tout



PREFACE DE 1868. 13

près déjà Vendée, dont j’exploitais aussi ies précieuses
collections.

Armé des actes mêmes, des pièces originales et ma-
nuscrites, j’ai pu juger les imprimés, et surtout les
Mémoires, qui sont des plaidoyers, parfois d’ingénieux
pastiches (exemple, ceux que Roche a faits pour Le-
vasseur).

J’ai jugé jour par jour le Moniteur, que suivent trop
MM. ïhiers, Lamartine et Louis Blanc.

Dès l’origine, il est arrangé,, corrigé, chaque soir,
par les puissants du jour. Avant le 2 Septembre, la
Gironde l’altère, et le 6, la Commune. De même en
toute grande crise. Les procès-verbaux manuscrits des
Assemblées illustrent tout cela, démentent le Moniteur
et ses copistes, Y Histoire parlementaire et autres, qui
souvent estropient encore ce Moniteur estropié.

Un très rare avantage qu’aucun dépôt du monde ne
présenterait peut-être au même degré, c’est que je
trouvais dans les nôtres pour chaque événement capi-
tal des récits très divers et de nombreux détails qui
se complètent et se contrôlent.

Pour les Fédérations, j’ai eu des récits par centaines,
venus d’autant de villes et de villages [Archives centrales).
Pour les grandes tragédies du Paris révolutionnaire, le”
dépôt de X Hôtel de Ville m’en ouvrait le foyer aux re-
gistres de la Commune; et la Préfecture de police m’en






U HISTOIRE DE LA RÉVOLUTION FRANÇAISE.

donnait la variété divergente dans les procès-verbaux de
nos quarante-huit sections.

Pour le gouvernement, les Comités de salut public et
de sûreté générale, j’avais sous les yeux tout ce qu’on
a de leurs registres et j’y ai trouvé jour par jour la
chronologie de leurs actes.

On m’a blâmé parfois d’avoir cité trop rarement. Je
l’aurais fait souvent, si mes sources ordinaires avaient
été des pièces détachées. Mais mon soutien habituel, ce
sont ces grandes collections où tout se suit dans un
ordre chronologique. Dès que je date un fait, on peut
retrouver à l’instant ce fait à sa date précise au registre,
au carton où je l’ai pris. Donc j’ai d4 citer- rarement.
Pour les choses imprimées et les sources vulgaires , les
renvois peu utiles ont l’inconvénient de couper le récit
et le fil des idées. C’est une vaine ostentation d’émailler
constamment sa page de ces renvois à des livres connus,
à des brochures de petite importance, et d’attirer l’at-
tention là-dessus. Ce qui donne autorité au récit, c’est
sa suite, sa cohésion, plus que la multitude des petites
curiosités bibliographiques.

Pour tel fait capital, mon récit, identique aux actes
mêmes, est aussi immuable qu’eux. J’ai fait plus que
d’extraire, j’ai copié de ma main (et sans y employer
personne) les textes dispersés, et les ai réunis. Il en est
résulté une lumière, une certitude, auxquelles on ne



PRÉFACE DE 1868. 15

changera rien. Qu’on m’attaque sur le sens des fails,
c’est bien. Mais on devra d’abord reconnaître qu’on tient
de moi les faits dont on veut user contre moi.

Ceux qui ont des yeux et savent voir remarqueront
très bien que ce récit, quelquefois trop ému peut-être
et orageux, n’est pourtant jamais trouble, point vague,
point flottant dans les vaines généralités. Ma passion elle-
même, l’ardeur que j’y mettais, ne s’en seraient point
contentées. Elles cherchaient, voulaient le propre ca-
ractère, la personne, l’individu, la vie très spéciale de
chaque acteur. Les personnages ici ne sont nullement
des idées, des systèmes, des ombres politiques; chacun
d’eux a été travaillé, pénétré, jusqu’à rencontrer l’homme
intime. Ceux même qui sont traités sévèrement, sous
certains rapports gagnent à être connus à ce point, at-
teints dans leur humanité. Je n’ai point flatté Robes-
pierre. Eh bien, ce que j’ai dit de sa vie intérieure, du
menuisier, de la mansarde, de l’humide petite cour qui,
dans sa sombre vie, mit pourtant un rayon, tout cela
a touché, et tel de mes amis, de parti tout contraire,
m’avouait qu’en lisant il en versa des larmes. x

Nul de ces grands acteurs de la Révolution ne m’avait
laissé froid. N’ai-je pas vécu avec eux, n’ai-je pas suivi
chacun d’eux, au fond de sa pensée, dans ses transfor-
mations, en compagnon fidèle? A la longue j’étais un
des leurs, un familier de cet étrange monde. Je m’étais



16 HISTOIRE DE LA RÉVOLUTION FRANÇAISE.

fait la vue à voir parmi ces ombres, et elles me connais-
saient, je crois. Elles me voyaient seul avec elles dans
ces galeries, dans ces vastes dépôts, rarement visités. Je
trouvais quelquefois le signet à la page où Chaumette
ou tel autre le mit au dernier jour. Telle phrase, dans
le rude registre des Cordeliers, ne s’est pas achevée,
coupée brusquement par la mort. La poussière du temps
reste. Il est bon de la respirer, d’aller, venir, a travers
ces papiers, ces dossiers, ces registres. Ils ne sont pas
muets, et tout cela n’est pas si mort qu’il semble. Je
n’y touchais jamais sans que certaine chose en sortît,
s’éveillât. . . C’est l’âme.

En vérité, je méritais cela. Je n’étais pas auteur.
J’étais à cent lieues de penser au public, au succès:
Jfr / vj^aimais, et voilà toutT^’allais ici et là, acharné et avide;
j’aspirais, j’écrivais cette âme tragique du passé.

Cela fut fort senti, et d’hommes de nuances diverses :
Béranger, Ledru-Rollin , Proudhon.

Béranger avait eu contre moi des préventions, et il
en revint tout à fait. Il dit de cette histoire : « Pour moi,
c’est livre saint. »

Proudhon savait combien je goûtais peu la plupart

de ses paradoxes; c’est de lui cependant que je reçus

la lettre la plus forte, l’acceptation la plus complète de

mon livre, celle du principe posé dans mon Introduction

p **l/i l & 47) • l’inconciliable opposition du Christianisme avec



PRÉFACE DE 1868. 17

le. Droit et la Révolution. Il la pleinement adopté dans
son livre De la Justice ( 1 8 58).

Au beau jour des Fédérations, Camille Desmoulins
lit la proposition touchante et chimérique d’un pacte
fédératif entre les écrivains amis de la Révolution. Il est
sûr qu’entre nous, unis (malgré nos dissidences) par un
fonds de principes communs, il y a une sorte de pa-
renté. Je l’ai plus que personne respectée. Je n ai ré-
pondu jamais aux critiques des nôtres, quoiqu’elles
fussent souvent un peu légères et que je pusse exercer
des représailles faciles.

J’ai fini mon Histowe de la Révolution en-i~8\53 , et de-
puis cette époque jusqu’en 1862, Louis Blanc dans la
sienne, dans ses dix ou douze volumes, Ta attaquée avec
une passion extraordinaire. On m’en avertissait; mais
j’étais occupé d’achever Y Histoire de France jusqu’en 1789.
J’ajournai la lecture et l’examen de Louis Blanc. Mon
silence persévérant dut l’étonner et l’encourager fort.
De volume en volume, ses violentes critiques conti-
nuaient. Il triomphait à l’aise, s’étendait à plaisir et
se trouva enfin avoir réellement fait un gros livre sur
mon livre.

Je ne finis mon Louis XVI qu’à la fin de 1867. C’est
en achevant ce volume que je revins à ma Révolution
et m’occupai de celle de Louis Blanc. Je l’ouvris fort



•2

IMPR1MLIIIË NATIONALE.



18 HISTOIRE DE LA REVOLUTION FRANÇAISE.

placidement, tout prêt à profiter de ses critiques, si
elles étaient sérieuses’ 1 ’. ,

Je connaissais et son talent et son caractère hono-
rable, ses paradoxes aussi, son papisme socialiste et sa
tyrannie du travail au nom de la fraternité. Mais je
l’avais peu vu sur le terrain de l’histoire. J’avoue que
je fus saisi d’étonnement en voyant sa faveur, sa pré-
dilection fantaisiste. . . pour qui ?. . . Pour l’intrigant Ca-
lonne ! . . . — Galonné , excellent citoyen qui ne ruine la
France que pour faire la Révolution, qui ne gorge la
cour « que pour les conduire tous en riant au bord d’un
abîme si profond qu’ils appelleraient de leurs vœux les
nouveautés libératrices.» (II, 159.) Tout cela sans la
moindre preuve.

J’apprends des choses non moins fortes. Les Monta-
gnards n’étaient nullement les violents. (VII, 072.) Sans
doute c’étaient les modérés.

Les Girondins, qui ont tant exalté Rousseau, ce sont
les ennemis de Rousseau chez Louis Blanc. C’est la
Gironde qui conniva au 2 Septembre; elle en garde la
tache de sang.

Robespierre, au contraire, qui parla, dénonça, et
avant (le i cr ), et pendant (le 2 même), en est pur, y est
étranger.

M J’en ai profilé en eflet pour rectifier deux détails, l’un relatif à Danton,
l’autre à Durand-Maillane. *



PRÉFACE DE 1868. 19

Hébert, dans son Père Duchesne, ses constants appels
au massacre, n’en est pas moins un continuateur des
modérés, des Girondins. Comment cela? C’est qu’il est
volfairien, égoïste et sensualiste, ennemi de Rousseau
et du sensible Robespierre.

Louis Blanc, assez doux pour le Roi, pour la Reine,
le duc d’Orléans, clément pour le clergé, est terrible,
accablant pour Danton et les Girondins. En ces derniers ,
il voit la bourgeoisie qui lui fut si hostile au i5 mai
1 8^8. Etrange confusion. La garde nationale du i5 mai
détestait la guerre; au contraire la Gironde la prêcha,
et la fit, pour le salut des nations. Elle forgea des mil-
lions de piques et mit les armes aux mains des pauvres.

Il faut prendre largement le grand cours révolution-
naire,, dans ses deux manifestations utiles et légitimes,
et de croisade et de police, les Girondins, les Jacobins.

J’ai tâché de le faire. J ai marqué fortement les torts
des Girondins, leur tort d’avoir toujours repoussé la
Montagne en Danton et Carnbon, leur tort d’avoir, malgré
leur pureté, subi l’impur mélange des tourbes royalistes
qui, se glissant chez eux dans les départements, entra-
vaient la Révolution.

Je n’ai point contesté les services immenses que
rendit l’institution jacobine. J’ai même, mieux que per-
sonne, marqué et nuancé ses trois âges si différents. Je
n’ai point méconnu le terrible labeur, la grande volonté



20 HISTOIRE DE LA RÉVOLUTION FRANÇAISE.

de Robespierre, sa vie si sérieuse. Là je le trouve in-
téressant.

Cela même est mon crime. Je crois que Louis Blanc
m’aurait mieux pardonné toute ma politique contraire,
mes attaques à son dieu, que mon regard minutieux,
l’observation exacte du saint des saints, le tort d’avoir
vu de si près, décrit la petite chapelle, le féminin cé-
nacle de Marthe, Marie, Madeleine, l’habit, le port, la
voix, les lunettes, les tics de ce nouveau Jésus.

Une chose nous sépare bien plus qu’il ne parait, une
chose profonde. Nous sommes de deux religions^



Il est demi-chrétien à la façon de Piousseau et de
Robespierre. L’Etre suprême, l’Evangile, le retour à
l’Eglise primitive (III, 28) : c’est ce credo vague et bâ-
tard par lequel les politiques croient atteindre, em-
brasser les partis opposés, philosophes et dévots.

La race et le tempérament ne sont pas peu non plus
dans notre opposition. Il est né à Madrid. Il est Corse
de mère, Français par son père (de Rodez). Il a la
flamme sèche et le brillant des méridionaux, avec un
travail , une suite que ces races n’ont pas toujours. Il a
étudié à Rodez, au pays des Donald, des Frayssinous,
qui nous fait tant de prêtres. Dans sa démocratie, il est
autoritaire.

S’il n’avait pas été aveuglé par sa passion, avant de
reprendre son livre interrompu, il aurait dû se dire :



PRÉFACE DE 1868. 21

( t^ « Peut-on à Londres écrire l’histoire du Paris ré-
volutionnaire ? » Cela ne se peut qu’à Paris. A Lon-

”dres, il est vrai, il y a une jolie collection de pièces
françaises, imprimés, brochures et journaux, qu’un ama-
teur, M. Croker, vendit 12,000 francs au musée Britan-
nique, et qu’on étend un peu depuis. Mais une collec-
tion d’amaleur, des curiosités détachées ne remplacent

| nullement les grands dépôts officiels où tout se suit, où
l’on trouve et les faits et leur liaison, où souvent un
événement représenté vingt, trente, quarante fois, en
ses versions différentes, peut être étudié, jugé et con-
trôlé. C’est ce que nous permettent les trois grands corps
d’archives révolutionnaires de Paris.

Il s’est persuadé, ce semble, que la fréquence des
critiques en suppléait la profondeur. Il n’est aucun
exemple dans l’histoire littéraire d une attaque si persé-
vérante, de page en page, pendant tant de volumes. Je
suis l’homme, après Pxobespierre , qui l’a certainement
le plus occupé. J’ai eu ce don de ne point le lasser.
J’admire les grandes passionér~La sienne est véritable-
ment intarissable, infatigable. Elle revient sans cesse, à
propos, sans propos, sur les faits, sur le sens des faits,
les moindres misères, enfin toul



*\



Il dit parfois des choses un peu bien fortes, par
exemple, « que j’ai oublié tous les devoirs de l’his-
torien ». Parfois il me loue (c’est le pis); quelque part



22 HISTOIRE DE LA RÉVOLUTION FRANÇAISE.

il me trouve « un pénétrant génie »; mais avec ce génie
j’ai si peu pénétré qu’à chacun des grands jours de la
Révolution, j’ai tout brouillé, me suis mépris complè-
tement. *

Je pourrais dire pourtant, ayant exhumé tant de
choses, donné tant de secours et à lui et à tous, je
pourrais dire : « Ces fameuses journées, qui les saurait
sans moi ? »

Au massacre du Champ de Mars (17 juillet 1791),
j’ai tiré des Archives de la Seine le texte de la pétition
qu’on signa sur l’autel et qu’on peut appeler le premier
acte de la République. J’ai marqué l’action très directe
des royalistes pour amener le massacre. Louis Blanc les
en lave, mais ils ne veulent pas être lavés, ils s’en van-
tent. D’après les notes manuscrites d’un témoin ocu-
laire, M. Moreau de Jonnès, j’ai dit le fait certain : c’est
que la Garde soldée poursuivit barbarement le peuple
qui se réfugia dans les rangs de la garde nationale.
Chose grave; première apparition du funeste milita-
risme. — Je n’ai nullement nié le fait, cependant incer-
tain, qu’affirme Louis Blanc, que beaucoup répétèrent,,
mais que ne vit personne, à savoir que quelques gardes
nationaux (des Filles-Saint-Thomas?) purent, avec la
Garde soldée, tirer sur cet autel où était tout le peuple.
— Au 10 Août, même témoignage. J’ai accepté ce ré-
cit d’un honnête homme, très bon, fort peu passionné.



PRÉFACE DE 1808. 23

Grâce à M. Labat, archiviste de la Police, j’ai trouvé
et donné la pièce inestimable et capitale du 2 Sep-
tembre, l’enquête d’après laquelle il constate que le
premier massacre fut provoqué par les prisonniers
mêmes, par les cris, les risées qu’à la nouvelle de l’in-
vasion, poussaient par les fenêtres les imprudents de
l’Abbaye.

Pour le 3 1 Mai, pour le grand jour fatal de la Révo-
lution où l’Assemblée fut décimée, j’ai mis un soin reli-
gieux à lire et copier les registres des quarante-huit
sections. Ces copies m’ont fourni le récit immense, dé-
taillé, qu’on lira, récit désormais authentique de ces
funèbres jours qu’on ne connaissait guère. Il restera
pour l’avenir que, des quarante huit sections, cinq seu-
lement (d’après les registres) autorisèrent le Comité
d’insurrection.

Le Père Duchesne tirant à six cent mille, Robespierre,
effrayé des six cent mille gueules aboyantes, étouffa ses
velléités de ménager le sang (qu’il avait témoignées à
Lyofl) et qui l’auraient fait mettre au ciel, proclamer le
sauveur des hommes. Il se cacha dans la Terreur.

Si, moi aussi, je voulais critiquer, je pourrais dire
que Louis Blanc a fait ce qu’il a pu pour obscurcir cette
bascule, dans laquelle Robespierre (terrifié, craignant
Hébert, puis Saint-Just même) tua tout, modérés, en-
ragés. Il n’est pas à son aise dans ce cruel récit. Il



24 HISTOIRE DE LA RÉVOLUTION FRANÇAISE.

étrangle très spécialement le tragique moment où Robes-
pierre, comme un chat qui a peur, qui avance et recule,
voulant, ne voulant pas, lorgna la tête de Danton.

En vérité, il faut un grand courage pour suivre
Robespierre dans l’épuration jacobine. Nul n’est pur à
droite ou à gauche, nul révolutionnaire, ni Chaumette,
ni Desmoulins. Et il garde les prêtres, l’infaillible élé-
ment de la contre-révolution !

La monarchie commence à la mort de Danton. Dès
longtemps, il est vrai, Robespierre par toute la France
avait ses Jacobins qui remplissaient les places. Mais c’est
après Danton, subitement, en six semaines, qu’il prit le
grand pouvoir central. Il avait sa Police (Hermann), la
Police du Comité (Héron). Il avait la Justice (Dumas),
le grand tribunal général, qui jugeait même pour les
départements. 11 avait la Commune (Payan) , les quarante-
huit Comités des sections. Par la Commune, il avait
dans la main l’armée de Paris (Henriot). Et tout cela sans
titre, sans écriture ni signature. Au Comité de salut
public, il ne paraissait pas, faisait signer ses actes par
ses collègues, ne signait point pour eux.

Ainsi il lui était loisible de se laver les mains de tout.
Ses amis aujourd’hui peuvent nous le montrer comme
un spéculatif, un philanthrope rêveur dans les bois de
Montmorency ou aux Champs-Elysées, promeneur paci-
fique entre Brount et Cornéha.



PRÉFACE DE 1808. 25

Il jouait un gros jeu. Dans son isolement, dans son
inertie apparente, il n’en tenait pas moins un procès
suspendu, et sur les grands hommes d’affaires du Comité
(Carnot, Cambon, Lindet), et sur les deux cents Mon-
tagnards qui avaient eu des missions, avaient enduré
tout, bravé tous les dangers, s’étaient violemment com-
promis. Ils voulaient que l’on constatât leur fortune
avant et après, qu’on établît leur probité. Il refusa cela,
se réservant de pouvoir les poursuivre un jour. Au
9 Thermidor, il les eut contre lui. C’est ce que Louis
Blanc se garde bien de dire. La Montagne, aussi bien
que la droite et le centre, le repoussa alors. Les plus
honnêtes gens, futurs martyrs de prairial, Romme, etc.,
lui étaient sympathiques, mais pourtant le voyaient,
par la force des choses, dictateur et tyran. A. ses cris,
ils se turent et ne répondirent rien. Le jugement de ces
grands citoyens sera celui de l’avenir.

Les trente et un procès-verbaux des sections qui sub-
sistent et que j’ai suivis pas à pas montrent parfaitement
que Paris était contre lui, qu’il n’eut pour lui que ses Co-
mités révolutionnaires (non élus, mais nommés, payés)
et que les Sections, le peuple, tout le monde, ne bougea,
le laissa périr. Louis Blanc ne dit rien de ce vrai juge-
ment du peuple.

Quant à l’appel aux armes contre la Loi qu’il com-
mença d’écrire, n’acheva pas, on pouvait l’expliquer par



26 HISTOIRE DE LA RÉVOLUTION FRANÇAISE.

un noble scrupule, s’il fut fait à minuit quand il avait
des forces, — ou par le désespoir, si! fut fait vers une
heure lorsqu’il était abandonné. Nul témoin. J’ai suivi
l’interprétation la plus digne de ce temps là et celle
qui honore sa mémoire, celle que Louis Blanc a suivie
après moi.

Sa fin m’a fort touché, et la fatalité qui le poussa.
Nul doute qu’il n’aimât la patrie, qu’en ajournant la
liberté, il n’y rêvât pourtant. Il lisait constamment le
fameux Dialogue de Sylla et d’Ëucrate. Comme Sylla peut-
être, il aurait de lui-même quitté la dictature.

Les rois, qui ne voyaient en lui qu’un homme d’ordre
et de gouvernement, le recherchaient déjà, l’estimaient
et le regrettèrent. La Russie le pleura, son grand his-
torien Karamsin.

Robespierre venait justement de se poser sous un
aspect nouveau, « en guillotinant l’anarchie ». C’est ainsi
qu’il appelait les premiers socialistes, Jacques Roux, etc.
Au cœur. de Paris même, dans les noires et profondes
rues ouvrières (les Arcis, Saint-Martin) fermentait le
socialisme, une révolution sous la Révolution. Robes-
pierre s’alarma, frappa et se perdit. Il est certain qu’au
9 Thermidor, bien avant les troupes de la Convention,
ces sections marchèrent à la Grève et débauchèrent les
canonniers de Robespierre. Dès cette heure, il était
perdu.



PREFACE DE 1868. 27

Extraordinaire méprise. Dans ses douze volumes,
Louis Blanc prend Robespierre comme apôtre et sym-
bole du socialisme qu’ il frappait et qui le tua.

Je lavais dit en toutes lettres, et d’après l’irrécusable
témoignage des Procès-verbaux des sections, que j’ai fidè-
lement copiés.

Rien n’était plus facile que de voir mes copies. On
s’entend entre gens de lettres. Quand je fis mon Vico,
un de mes concurrents m’aida, en me fournissant un
livre rare. Tout récemment un savant suisse m’a envoyé
ses propres notes sur un sujet que nous traitions tous
deux. Si j’avais été averti, j’aurais très volontiers donné
les miennes à Louis Blanc, sans demander s’il devait en
user pour moi ou conlre moi.

J’ai été vif dans ma courte réponse. C’est qu’il s’agit
bien moins de moi que de la Révolution elle-même,
tellement rétrécie, mutilée, décapitée, en tous ses partis
différents, moins l’unique parti jacobin. La réduire à
ce point, c’est en faire un tronçon sanglant, terrible
épou vantail, pour la joie de nos ennemis.

C’est à cela que je devais répondre, m’opposer de
mon mieux. Il ne fallait pas moins que ce devoir pour
me sortir de mes habitudes pacifiques. Je n’aime pas^à
rompre l’unité de la grande Eglise.

Paris, i pr octobre 1868.



PRÉFACE DE 1847.



PREFACE DE 1847.



Chaque année, lorsque je descends de ma chaire, que
je vois la foule écoulée, encore une génération que je ne
reverrai plus, ma pensée retourne en moi.

L’été s’avance, la ville est moins peuplée, la rue moins
bruyante, le pavé plus sonore autour de mon Panthéon.
Ses grandes dalles blanches et noires retentissent sous mes
pieds.

/ Je rentre en moi. J’interroge sur mon enseignement, sur
/mon histoire, son tout-puissant interprète, l’esprit de la
/ Révolution.

Lui, il sait, et les autres n’ont pas su. Il contient leur
secret, à tous les temps antérieurs. En lui seulement la
France eut conscience d’elle-même. Dans tout moment de
défaillance où nous semblons nous oublier, c’est là que
nous devons nous chercher, nous ressaisir. Là se garde
toujours pour nous le profond mystère de vie, l’inextinguible
étincelle.
, La Piévolution est en nous, dans nos âmes; au dehors, elle
n’a point de monument. Vivant esprit de la France, où te



32 HISTOIRE DE LA RÉVOLUTION FRANÇAISE.

saisirai-je, si ce n’est en moi?. . . Les pouvoirs qui se sont
succédé, ennemis dans tout le reste, ont semblé d’accord
sur un point, relever, réveiller les âges lointains et morts . . .
Toi, ils auraient voulu t’enfouir. . . Et pourquoi?. . . Toi
seuL, tu vis.

rTu vis ! ... Je le sens, chaque fois qu’à cette époque de
Tannée, mon enseignement me laisse, et le travail pèse, et
la saison s’alourdit. . . Alors je vais au Champ de Mars, je
* ”) m’assieds sur l’herbe séchée, je respire le grand souffle qui
court sur la plaine aride.

Le Champ de Mars, voilà le seul monument qu’a laissé
la Révolution ... L’Empire a sa colonne, et il a pris encore
presque à lui seul l’Arc de Triomphe; la Royauté a son
Louvre, ses Invalides; la féodale église de 1200 trône en-
core à Notre-Dame; il n’est pas jusqu’aux Romains, qui
n’aient les Thermes de César.

Et la Révolution a pour monument. . . le vide. . .

Son monument, c’est Ce sable, aussi plan que l’Arabie . . .
Un tiimulus à droite et un tumulus à gauche; comme ceux
que la Gaule élevait, obscurs et douteux témoins de la mé-
moire des héros . . .

Le héros, n’est-ce pas celui qui fonda le pont d’Iéna ? . . .
Non, il y a ici quelqu’un de plus grand que celui-là, de
plus puissant, de plus vivant, qui remplit cette immensité.

« Quel Dieu? On n’en sait rien ... Ici réside un Dieu ! »

Oui, quoiqu’une génération oublieuse ose prendre ce
lieu pour théâtre de ses vains amusements, imités de
l’étranger, quoique le cheval anglais batte insolemment la




PRÉFACE DE 1847. 33

plaine ... un grand souffle la parcourt que vous ne sentez
nulle part, une âme, un tout-puissant esprit. . .

Et si cette plaine est aride, et si cette herbe est séchée,
elle reverdira un jour.

Car dans cette terre est mêlée profondément la sueur
féconde de ceux qui, dans un jour sacré, ont soulevé ces
collines , le jour où , réveillées au canon de la Bastille , vinrent,
du Nord et du Midi, s’embrasser la France et la France,
— le jour où trois millions d’hommes, levés comme un
homme, armés, décrétèrent la paix éternelle.

Ah! pauvre Révolution, si confiante à ton premier jour,
tu avais convié le monde à l’amour et à la paix. . . « mes
ennemis, disais-tu, il n’y a plus d’ennemis!» Tu tendis la
main à tous, leur offris ta coupe à boire à la paix des na-
tions . . . Mais ils ne l’ont pas voulu.

Et lors même qu’ils sont venus pour la frapper par sur-
prise, l’épée que la France a tirée, ce fut l’épée de la paix.
C’est pour délivrer les peuples, pour leur donner la vraie
paix, la Liberté, qu’elle frappa les tyrans. Dante assigne pour
fondateur aux portes de l’enfer l’Amour éternel. Ainsi, sur
son drapeau de guerre, la Révolution écrivit : La Paix.

Ses héros, ses invincibles, furent, entre tous, les paci-
fiques. Les Hoche, les Marceau, les Desaix et les Kléber
sont pleures, comme les hommes de la paix, des amis et des
ennemis, pleures du Nil et du Rhin, pleures de la guerre
elle-même, de l’inflexible Vendée.

La France s’était fiée si bien à la puissance de l’idée
qu’elle fit ce qu’elle pouvait pour ne pas faire de conquête.



IMPRIMERIE NATIONALE.



34 HISTOIRE DE LA RÉVOLUTION FRANÇAISE.

Tout peuple ayant même besoin, la Liberté, poursuivant le

_4iiême droit, d’où pouvait naître la guerre? La Révolution,

l qui n’était dans son principe que le triomphe du Droit, la

/ résurrection de la Justice, la réaction tardive de l’idée contre

la force brutale, pouvait-elle, sans provocation, employer

^- la violence?

Ce caractère profondément pacifique, bienveillant, ai-
mant de la Révolution semble un paradoxe aujourd’hui.
Tant on ignore ses origines, tant sa nature est méconnue,
tant la tradition, au bout d’un temps si court, se trouve
déjà obscurcie !

Les efforts violents, terribles, qu’elle fut obligée de faire,
pour ne pas périr, contre le monde conjuré, une généra-
tion oublieuse les a pris pour la Révolution elle-même.

Et de cette confusion il est résulté un mal grave, pro-
fond, très difficile à guérir chez ce peuple : l’adoration de
la force.

La force de résistance, l’effort désespéré pour défendre
l’unité, 1 793 . . . Ils frémissent et ils se jettent à genoux.

La force d’attaque et de conquête, 1 800, les Alpes abais-
sées, puis la foudre d’Austerlitz . . . Ils se prosternent, ils
adorent.

Dirai-je qu’en 181 5, trop faciles à louer la force, à
prendre le succès comme le jugement de Dieu, ils ont eu,
au fond de leur cœur, sous leur douleur et leur colère, un
misérable argument pour amnistier l’ennemi. Beaucoup se
sont dit tout bas : « Il est fort, donc il est juste. »

Ainsi deux maux, les plus graves qui puissent affliger un



PRÉFACE DE 1847. 35

peuple, ont frappé la France à la fois. Sa propre tradition
lui est échappée, elle s’est oubliée elle-même. Et chaque
jour, plus incertaine, plus pâle et plus fugitive, a flotté
devant ses yeux la douteuse image du Droit.

Ne cherchez pas pourquoi ce peuple va baissant, s’afi’ai-
blissant. N’expliquez pas sa décadence par des causes exté-
rieures; qu’il n’accuse ni le ciel ni la terre; le mal est en lui.

Qu’une tyrannie insidieuse ait eu prise pour le corrompre ,
c’est qu’il était corruptible. Elle l’a trouvé faible, désarmé,
tout prêt pour la tentation; il avait perdu de vue l’idée qui
seule le soutenait; il allait, misérable aveugle, à tâtons dans
la voie fangeuse, il ne voyait plus son étoile. . . Quelle?
l’astre de la victoire? . . . Non, le soleil de la Justice et de la
Révolution.

Que les puissances de ténèbres aient travaillé par toute la
terre pour éteindre la lumière de la France, opérer l’éclipsé
du Droit, cela était naturel. Mais jamais, avec tous leurs
efforts, elles n’y auraient réussi. L’étrange, c’est que les
amis de la lumière ont aidé ses ennemis à la voiler et l’ob-
scurcir.

Le parti de la Liberté a présenté, aux derniers temps,
deux graves et tristes symptômes d’un mal intérieur. Qu’il
permette à un ami, à un solitaire, de lui dire toute sa pensée.

Une main perfide, odieuse, la main de la Mort, s’est of-
ferte à lui, avancée vers lui, et il n’a point retiré la sienne.
11 a cru que les ennemis de la liberté religieuse pouvaient
devenir les amis de la liberté politique. Vaines distinctions
scolastiques, qui lui ont troublé la vue. Liberté, c’est Liberté.

3.



36 HISTOIRE DE LA RÉVOLUTION FRANÇAISE.

Et pour plaire à l’ennemi, il a renié l’ami. . . Que dis-je?
son propre père, le grand xviii c siècle. Il a oublié que
ce siècle a fondé la Liberté sur l’affranchissement de l’es-
prit, jusque-là lié par la chair, lié par le principe matériel
de la double incarnation théologique et politique, sacerdo-
tale et royale. Ce siècle, celui de l’esprit, abolit les dieux
de chair, dans l’Etat, dans la religion, en sorte qu’il n’y
eût plus d’idole, et qu’il n’y eût de Dieu que Dieu.

Et pourquoi des amis sincères de la Liberté ont-ils pactisé
avec le parti de la tyrannie religieuse? C’est parce qu’ils
s’étaient réduits à une faible minorité. Ils ont été étonnés de
leur petit nombre et n’ont osé repousser les avances d’un
grand parti qui semblait s’offrir à eux.

Nos pères n’ont point agi ainsi. Ils ne se sont jamais
comptés. Quand Voltaire enfant entra, sous Louis XIV
même, dans la périlleuse carrière de la lutte religieuse, il
paraissait être seul. Seul était Rousseau, au milieu du siècle,
quand il osa, dans la dispute des chrétiens et des philo-
sophes, poser le dogme nouveau. . . Il était seul; le lende-
main, le monde entier fut à lui.

Si les amis de la Liberté voient leur nombre décroître,
c’est qu’ils l’ont voulu eux-mêmes. Plusieurs se sont fait un
système d’épuration progressive, de minutieuse orthodoxie,
qui vise à faire d’un parti une secte, une petite église. On
rejette ceci, puis cela; on abonde en restrictions, distinc-
tions, exclusions. On découvre chaque jour quelque nou-
velle hérésie.

De grâce, disputons moins sur la lumière du Thabor,



PRÉFACE DE 1847. 37

comme faisait Byzance assiégée. Mahomet II est aux
portes.

De même que, les sectes chrétiennes se multipliant, il y
eut des jansénistes, des molinistes, etc., et il n’y eut plus
de chrétiens, les sectes de la Révolution annulent la Révo-
lution; on se refait constituant, girondin, montagnard; plus
de révolutionnaire.

On fait peu de cas de Voltaire, on rejette Mirabeau, on
exclut M me Roland. Danton même n’est pas orthodoxe. . . ,
Quoi ! il ne restera donc que Robespierre et Saint-Just?

Sans méconnaître ce qu’il y eut dans ces hommes, sans
vouloir les juger encore, qu’il suffise ici d’un mot : Si la Ré-
volution exclut, condamne leurs prédécesseurs, elle exclut
précisément ceux qui lui donnèrent prise sur le genre hu-
main, ceux qui firent un moment le monde entier révolu-
tionnaire. Si elle déclare au monde qu’elle s’en tient à
ceux-ci , si elle ne lui montre sur son autel que l’image de
ces deux apôtres, la conversion sera lente, la propagande
française n’est pas fort à craindre, les gouvernements ab-
solus peuvent parfaitement dormir.

Fraternité! fraternité! ce n’est pas assez de redire le
mot. . . Il faut, pour que le monde nous vienne, comme
il fit d’abord, qu’il nous voie un cœur fraternel. C’est la
fraternité de l’amour qui le gagnera, et non celle de la
guillotine.

Fraternité? Eh! qui n’a dit ce mot depuis la création?
Croyez-vous qu’il ait commencé par Robespierre ou Mably?

Déjà la cité antique parle de fraternité; mais elle ne parle



¥



38 HISTOIRE DE LA REVOLUTION FRANÇAISE.

qu’aux citoyens, aux hommes; l’esclave est une chose. Ici la
fraternité est exclusive, inhumaine.

Quand les esclaves ou affranchis gouvernent l’Empire,
quand ils s’appellent Térence, Horace, Phèdre, Épictète,
il est difficile de ne pas étendre la fraternité à l’esclave.
« Soyez frères, » dit le Christianisme. Mais, pour être frère,
il faut être; or l’homme n’est pas encore; le Droit et la Liberté
constituent seuls la vie de l’homme. Un dogme qui ne les
donne pas n’est qu’une fraternité spéculative entre zéro
et zéro.

« La fraternité ou la mort/)) a dit plus tard la Terreur.
Encore fraternité d’esclaves. Pourquoi y joindre, par une
dérision atroce, le saint nom de la Liberté?

Des frères qui se fuient, qui pâlissent à se regarder en
face, qui avancent, qui retirent une main morte et glacée...
Spectacle odieux, choquant. Si quelque chose doit être
libre, c’est le sentiment fraternel.

La Liberté seule, fondée au dernier siècle, a rendu pos-
sible la fraternité. La philosophie trouva l’homme sans droit,
c’est-à-dire nul encore, engagé dans un système religieux
et politique dont l’arbitraire était le fond. Et elle dit :
« Gréons l’homme, qu’il soit par la Liberté. . . » Créé à peine,
il aima.

C’est par la Liberté encore que notre temps, réveillé,
rappelé à sa vraie tradition , pourra à son tour commencer
son œuvre. Il n’écrira pas dans la loi : « Sois mon frère ou
meurs ! » Mais par une culture habile des meilleurs sentiments
de l’âme humaine, il fera que tous, sans le dire, veuillent



’ PRÉFACE DE 1847. 39

être frères en effet. L’Etat sera ce qu’ il doit être, une initia-
tion fraternelle, une éducation, un constant échange des
lumières spontanées d’inspiration et de foi qui sont dans la
foule, et des lumières réfléchies de science et de méditation
qui se trouvent chez les penseurs {1) .

Voilà l’œuvre de ce siècle. Puisse-t-il donc enfin s’y mettre
sérieusement !

Il serait triste vraiment qu’au lieu de rien faire lui-même,
il passât le temps à blâmer le plus laborieux des siècles,
celui auquel il doit tout. Nos pères, il faut le répéter, firent
ce qu’il fallait faire alors, commencèrent précisément
comme il fallait commencer.

Ils trouvèrent l’arbitraire dans le ciel et sur la terre, et ils
commencèrent le Droit.

Ils trouvèrent l’individu désarmé, nu, sans garantie, con-
fondu, perdu dans une apparente unité, qui n’était qu’une
mort commune. Pour qu’il n’eût aucun recours, même au



(1) Initiation, éducation, gouverne-
ment, trois mots synonymes. Rousseau
entrevit quelque chose de cela , quand ,
parlant des cités antiques, de la foule
des grands hommes qu’a donnée cette
petite ville d’Athènes , il dit : « C’étaient
moins des gouvernements que les plus
féconds systèmes d’éducation qui aient
été jamais. » Malheureusement le siècle
de Rousseau, n’invoquant que la raison
réfléchie, analysant peu les facultés
d’instinct, & inspiration, ne pouvait bien
voir le passage de l’une à l’autre, le-
quel fait tout le mystère de l’éducation ,
de l’initiation, du gouvernement. Les
maîtres de la Révolution, les philo-



sophes, hommes de combat, très rai-
sonneurs et très subtils , eurent tous les
dons, hors la simplicité profonde qui
seule fait comprendre l’enfant et le
peuple. Donc la Révolution ne put or-
ganiser la grande machine révolution-
naire : je veux dire, celle qui, mieux
que les lois, doit fonder la fraternité :
Y éducation. Ce sera l’œuvre du xix e siècle ;
il y entre déjà par des essais faibles en-
core. Dans mon petit livre du Peuple,
j’ai, autant qu’il était en moi, réclamé
le droit de l’instinct, de l’inspiration,
contre son aristocratique sœur, la ré-
flexion, la science raisonneuse, qui se
croit la reine du monde.



40 HISTOIRE DE LA RÉVOLUTION FRANÇAISE,

suprême tribunal, le dogme religieux l’enveloppait en même
temps dans la solidarité d’une faute qu’il n’avait pas faite;
ce dogme, éminemment charnel, supposait que, du père au
fils, l’injustice passe avec le sang.

Il fallait, avant toute chose, revendiquer le droit de
l’homme si cruellement méconnu, rétablir cette vérité, trop
vraie, et pourtant obscurcie : «L’homme a droit, il est
quelque chose; on ne peut le nier, l’annuler, même au nom
de Dieu; il répond, mais pour ses actions, pour ce qu’il fait
de mal ou de bien. »

Ainsi disparaît du monde la fausse solidarité. L’injuste
transmission du bien, perpétuée dans la noblesse ; l’injuste trans-
mission du mal y par le péché originel ou la flétrissure civile
des descendants du coupable. La Révolution les efface.

Est-ce là, hommes de ce temps, ce que vous taxez d’indi-
vidualisme, ce que vous appelez un droit égoïste?. . . Mais
songez donc que, sans ce droit de l’individu qui seul l’a
constitué, l’homme n’était pas, n’agissait pas, donc ne
pouvait fraterniser. Il fallait bien abolir la fraternité de la
mort, pour fonder celle de la vie.

Ne parlez pas d’égoïsme. L’histoire répondrait ici, tout
autant que la logique. C’est au premier moment de la Révo-
lution, au moment où elle proclame le droit de l’individu,
c’est alors que l’àme de la France, loin de se resserrer,
s’étend, embrasse le monde entier d’une pensée sympa-
thique, alors qu’elle offre à tous la paix, veut mettre en
commun entre tous son trésor, la Liberté.

Il semble que le moment de la naissance, l’entrée d’une



PRÉFACE DE 1847. 41

vie douteuse encore est pour tout être celui d’un légitime
égoïsme; le nouveau-né, nous le voyons, veut durer, vivre,
avant tout. . . Ici il n’en fut pas de même. La jeune liberté
française, lorsqu’elle ouvrit les yeux au jour, lorsqu’elle dit
le premier mot qui ravit toute créature nouvelle : « Je suis ! »
eh bien, alors même, sa pensée ne fut point limitée au moi,
elle ne s’enferma pas dans une joie personnelle, elle étendit
au genre humain sa vie et son espérance; le premier mou-
vement qu’elle fit dans son berceau , ce fut d’ouvrir des bras
fraternels. « Je suis ! dit-elle à tous les peuples; ô mes frères,



vous serez aussi ! »



Ce fut sa glorieuse erreur, sa faiblesse, touchante et su]
blime : la Révolution, ilfautl’avouer, commença par aimer toutS

Elle alla jusqu’à aimer son ennemi, l’Angleterre.

Elle aima, s’obstina longtemps à sauver la royauté, la
clef de voûte des abus qu elle venait démolir. Elle voulait
sauver l’Eglise; elle tachait de rester chrétienne, s’aveuglant
volontairement sur la contradiction du vieux principe, la
Grâce arbitraire, et du nouveau, la Justice.

Cette sympathie universelle, qui d’abord lui fit adopter,
mêler indiscrètement tant d’éléments contradictoires, la
menait à l’inconséquence, à vouloir et ne pas vouloir, à
faire, défaire en même temps. C’est l’étrange résultat de nos
premières Assemblées.

Le monde a souri sur cette œuvre; qu’il n’oublie pas ce-
pendant que ce qu’elle eut de discordant, elle le dut en
partie à la sympathie trop facile, à la bienveillance indis-
tincte qui lit le premier caractère de notre Révolution.




42 HISTOIRE DE LA RÉVOLUTION FRANÇAISE.

Génie profondément humain! j’aime à le suivre, à l’ob-
server dans ces admirables fêtes où tout un peuple, à la fois
acteur et témoin, donnait, recevait l’élan de l’enthousiasme
moral, où chaque cœur grandissait de toute la grandeur
de la France, d’une Patrie qui, pour son droit, proclamait
le droit de l’Humanité.

A la fête du 1 4 juillet 1792, parmi les saintes images de
la Liberté, de la Loi, dans la procession civique où figu-
raient, avec les magistrats, les représentants, les veuves et
les orphelins des morts de la Bastille, on voyait divers em-
blèmes, ceux des métiers utiles aux hommes, des instru-
ments d’agriculture, des charrues, des gerbes, des branches
chargées de fruits ; ceux qui les portaient étaient couronnés
d’épis et de pampres verts. Mais on en voyait aussi d’autres
en deuil, couronnés de cyprès; ils portaient une table cou-
verte d’un crêpe, et sous le crêpe, un glaive voilé, celui
de la Loi. . . Touchante image! la Justice, qui montrait
son glaive en deuil, ne se distinguait plus de l’Humanité
elle-même.

r~Un an après, le 10 août 1793, une fête tout autre fut
célébrée, celle-ci héroïque et sombre. Mais la Loi s’était mu-
tilée, le pouvoir législatif avait été violé, le pouvoir ju-
diciaire, sans garantie, annulé, était serf de la violence.
On n’osa plus montrer le glaive; l’œil ne l’aurait plus
supporté.

Une chose qu’il faut dire à tous, qu’il est trop facile
d’établir, c’est que l’époque humaine et bienveillante de
notre Révolution a pour acteur le peuple même, le peuple



I



PRÉFACE DE 1847. 43

entier, tout le monde. Et l’époque des violences, l’époque
des actes sanguinaires où plus tard le danger la pousse
n’a pour acteur qu’un nombre d’hommes minime, infini-
ment petit.

Voilà ce que j’ai trouvé, constaté et vérifié, soit par les
témoignages écrits, soit par ceux que j’ai recueillis de la
bouche des vieillards.

Elle restera, la parole d’un homme du faubourg Saint-
Antoine : « Nous étions tous au 1 o Août, et pas un au a Sep-
tembre. »

Une autre chose que cette histoire mettra en grande lu-
mière, et qui est vraie de tout parti, c’est que le peuple
valut généralement beaucoup mieux que ses meneurs. Plus
j’ai creusé, plus j’ai trouvé que le meilleur était dessous, dans
les profondeurs obscures. J’ai vu aussi que ces parleurs bril-
lants, puissants, qui ont exprimé la pensée des masses,
passent à tort pour les seuls acteurs. Ils ont reçu l’impulsion
bien plus qu’ils ne l’ont donnée.* L’acteur principal est le
peuple. Pour le retrouver, celui-ci, le replacer dans son
rôle, j’ai dû ramènera leurs proportions les ambitieuses ma-
rionnettesfdont il a tiré les fils, et dans lesquelles, jusqu’ici,
on croyait voir, on cherchait le jeu secret de l’histoire.

Ce spectacle, je dois l’avouer, m’a frappé moi-même
d’étonnement. A mesure que je suis entré profondément
dans cette étude, j’ai vu que les chefs de parti, les héros
de l’histoire convenue, n’ont ni prévu ni préparé, qu’ils
n’ont eu l’initiative d’aucune des grandes choses, d’aucune
spécialement de celles qui furent l’œuvre unanime du peuple



>».



Hf



U’-i HISTOIRE DE LA RÉVOLUTION FRANÇAISE,

au début de la Révolution. Laissé à lui-même, dans ces mo-
ments décisifs, par ses prétendus meneurs, il a trouvé ce
qu’il fallait faire et Ta accompli.

Grandes et surprenantes choses ! Mais le cœur qui les fit
fut bien plus grand!. . . Les actes ne sont rien auprès.
Cette richesse de cœur fut telle alors que l’avenir, sans
crainte de trouver le fond, peut y puiser à jamais. Tout
homme qui en approchera s’en ira plus homme. Tout àme
abattue, brisée, tout cœur d’homme ou de nation n’a,
pour se relever, qu’à regarder là; c’est un miroir où chaque
fois que l’Humanité se voit, elle se retrouve héroïque, ma-
gnanime, désintéressée; une pureté singulière, qui craint
l’or comme la boue, est alors la gloire de tous.

Je donne aujourd’hui l’époque unanime, l’époque sainte
où la nation tout entière, sans distinction de partis, sans
connaître encore (ou bien peu) les oppositions de clas-
ses, marcha sous un drapeau fraternel. Personne ne verra
cette unité merveilleuse, un même cœur de vingt millions
d’hommes, sans en rendre grâces à Dieu. Ce sont les jours
sacrés du monde, jours bienheureux pour l’histoire. Moi,
j’ai eu ma récompense, puisque je les ai racontés . . . Jamais,
depuis ma Puce! le d’Orléans, je n’avais eu un tel rayon d’en
haut , une si lumineuse échappée du ciel . . .

Et comme tout se mêle en la vie, pendant que j’avais
tant de bonheur à renouveler la tradition de la France, la
mienne s’est rompue pour toujours. J’ai perdu celui qui si
souvent me conta la Révolution, celui qui était pour moi



\



PRÉFACE DE 1847. 45

l’image et le témoin vénérable du grand siècle, je veux dire
du xviii c . J’ai perdu mon père, avec qui j’avais vécu toute
ma vie, quarante-huit années.

Lorsque cela m’est arrivé, je regardais, j’étais ailleurs,
je réalisais à la hâte cette œuvre si longtemps rêvée. J’étais
au pied de la Bastille, je prenais la forteresse, j’arborais sur
les tours l’immortel drapeau. . . Ce coup m’est venu, im-
prévu, comme une balle de la Bastille. . .

Plusieurs de ces graves questions, qui m’obligeaient de
sonder si profondément ma foi, elles se sont débattues en
moi dans la plus grave circonstance de la vie humaine,
entre la mort et les funérailles, lorsque celui qui survivait,
mort déjà pour une part, siégeait, jugeait entre deux
mondes. *

Puis j’ai repris mon chemin jusqu’au terme de cette
œuvre, plein de mort et plein de vie, m’efforçant de tenir
mon cœur au plus près de la justice, m’affermissant dans
ma foi par mes pertes et mes espérances, me serrant, à me-
sure que mon foyer se brisait, au foyer de la patrie.

3 i janvier 18/17.

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martedì 20 febbraio 2018

Storici francesi online: Homepage.

B. italiani  tedeschi  spagnoli  inglesi.
Internet Archive.
La pubblicazione dei testi francesi di pubblico dominio in elenco ha finalità didattiche e autodidattiche. Uno stesso testo può essere letto integralmente online, in genere sul sito Internet Archive, ma anche in Gallica e altre fonti via via indicate, o nella riedizione che ne viene fatta in questo blog, dove vengono riunite in una stessa homepage precedenti edizioni di testi in audiobook, o altre serie tematiche di autori francesi, in modo da avere un quadro unitario.
Filosofi economisti giuristi teologi.
Biblioteca Gallica.
Il ciclo ordinato di letture in lingua prevede serie tematiche per giuristi, economisti, storici, periodici. Si intende che tutti i testi utilizzati e attinti siano per uso di pubblico dominio. Le illustrazioni vengono prese dalla reste e rimosse se inibite da copyright.

* * *
 1.
Jules Michelet (1798-1874):
«Histoire de la Révolution française» (1847-1853)
2.
Adolphe Thiers (1797-1877):
«Histoire de la Révolution française» (1823-27).
3.
Louis Blanc (1811-1882):
«Histoire de la Révolution française» (1847-1862).
4.
Hippolyte Taine (1828-1893):
«Les origines de la France contemporaine» (1876-1894).
5.
Philippe Buchez (1796-1865):
«Histoire parlementaire de la Révolution française» (1834-1838).

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Scrittori francesi online: 4. Mainfroy Maignial: «La question juive en France en 1789» (1903). - 1. Bibliographie

 B. Home. ↔︎ 2. Intr.
Testo online.
Mainfroy Maignial

La
QUESTION JUIVE
en France
en 1789

Paris
Arthur Rousseau, Editeur
14, rue soufflot et rue toullier, 13
1903


BIBLIOGRAPHIE
(con ricerca in rete)

Abbréviations:
N. = Bibliothèque Nationale. [oggi Gallica]
A. N. = Archives Nationales.

I. — Ouvrages généraux.

Aulard:  Les Jacobins, V.
Beaune: Condition des personnes.
Blanqui: Histoire de l’économie politique, 1845, I.
Brussel: Nouvel examen de l’usage général des fiefs. Paris, 1750.
Bûchez: Histoire parlementaire, IV.
Champion (Edm.): Esprit de la Révolution française. P. 1887.
Chassin: Les élections et les cahiers de Paris. IH.
Chéruel: Dictionnaire historique des institutions de la France.
Démangeât: Histoire de la condition civile des étrangers en France. P. 1844.
Deschamps: Les sociétés secrètes.
Esmein: Histoire du droit français.
Feret. — Statistique de la Gironde, III.
Fichte: Berichte zur Berichtigung der Urtheile über die franzözische Révolution.
Fourier: Nouveau Monde, 2e éd.
Fustel de Coulanges: Histoire des institutions... La monarchie franque. P. 1888.
Gazier:  Etudes sur l’histoire religieuse de la Révolution française.
Glasson: Histoire du droit et des institutions de la France.
Grégoire: Mémoires publiés par H. Garnot. P. 1837.
Hélie: Les constitutions de la France,
Jobez: La France sous Louis XVI.
Lacombe: Essai d’une bibliographie de l’histoire religieuse de Paris.
Leroy-Beaulieu (A.): La Révolution et le libéralisme. P. 1890.
Ligne (Prince de): Mémoires, II. P. 1827.
Lombroso: Le crime politique et les Révolutions, I.
Martin (Henri): Histoire de France, XVI.
Mercier: Tableau de Paris. P. 1781.
Michel (Francisque): Les races maudites, 1.
Michelet: Histoire de France, I, II, III, IV P. 1879.
Mirabeau: Monarchie prussienne, V. Londres, 1788.
Molinier: Cours de droit constitutionnel.
O’ Reilly: Histoire de Bordeaux, IV. P. 1863.
Pigonneau: Histoire du commerce de la France.
Rambaud et Lavisse: Histoire de France, II.
Renan: Qu’est-ce qu’une nation.
Renan: Histoire littéraire de la France, XXVII (Etude sur les rabbins français du commencement du XIVe siècle).
Robert: Les signes d’infamie au moyen âge. P. 1891.
Robinet (Dr). — Le mouvement religieux à Paris pendant la Révolution.
Rochas (de): Les parias de France et d’Espagne. P. 1876.
Rosières: Histoire de la société française au moyen âge. P. 1884.
Seinguerlet: Strasbourg pendant la Révolution.
Stern: Vie de Mirabeau. P. 1896.
Taine:  Les origines... L’ancien régime P. 1899.
Vaissète (Dom): Histoire générale du Languedoc. Ed. Privat.
Viollet: Histoire du droit et des institutions de la France.
Voltaire: Oeuvres. V. Juif. Ed. Beuchot. P. 1840.

II. — Travaux généraux sur le peuple juif.

Alby: Des persécutions contre les juifs. P. 1840.
Arnaud:  Essai sur la condition des juifs en Provence. Forcalquier, 1879.
Bail: Les juifs au XIXe siècle. Paris, 1816.
Bardinet: Les juifs du Comtat (Thèse doct. ès-lettres), 1880.
Basnage: Histoire des juifs. La Haye, 1716.
Bécheaux: La question juive en France. P. 1893.
Bellangé: Le judaïsme et l’histoire du peuple juif. P. 1888.
Betting de Lancastel: Considération sur l’état des juifs.
Beugnot: Les juifs d’Occident. P. 1824.
Bloch: Les juifs et la prospérité publique à travers l’histoire. P. 1899.
Broglie (de):  Essai sur les incapacités politiques des juifs. P. 1831.
Brunschwig (Léon). — Les juifs d’Angers. Angers. 1895.
— Les juifs en Bretagne au XVIIIe siècle. Versailles, 1897.
Capefigue:  Histoire philosophique des juifs. P. 1833.
Cerf-Berr de Medelsheim: Les juifs, leur histoire, leurs mœurs.
Darmesteter: Coup d’œil sur l’histoire du peuple juif, P. 1881.
Dejob: Les juifs dans la comédie au XVIIIe siècle. P. 1899.
Depping: Les juifs dans le moyen âge. P. 1834.
Detcheverry: Histoire des Israélites de Bordeaux. Bordeaux, 1850.
Drach: Harmonie de la Synagogue et de l’Eglise, I.
Esprit du judaïsme, par Ant Collius, traduit par d’Holbach. Londres, 1770.
Fischer: Dissertatio de statu et juridictione judœorum. N. A. 2655.
Gradis (H.): Le peuple d’Israël. P. 1891.



VIII BIBLIOGRAPHIE

Graetz. — Histoire des juifs (traduction Moïse Bloch). P. 1888.

Halévy. — Résumé de l’histoire des juifs modernes. P. 18^7.

Hallez. — Les juifs en France. P. 1845.

Henry. — Histoire des juifs de Bayonne. P. 1893.

Jacques (D»”). - Types juifs (conférence).

JosT. — Histoire des juifs. Berlin, 1824.

Kahn (Léon). — Les juifs de Paris sous la Révolution. P. 1899.

— Les juifs de Paris au XYHIe siècle, d’après les Archives de

la lieutenance générale de police à la Bastille. P. 1894.

— Les juifs de Paris sous Louis XV. P. 1892.

— Les professions manuelles et les institutions de patro-

nage. P. 1885.

— Le comité de bienfaisance. P. 1886.

— Les sociétés de secours mutuel. P. 1887.

— Les juifs à Paris depuis le VP siècle. P. 1889.
Lambert. — Précis de l’histoire des Hébreux. P. 1840.

La Rive (de). — Le juif dans la franç-maçonnierie. P. 1895.
Lazare (Bernard). — L’antisémitisme, son histoire et ses causes.

P. 1894.
Ledrain. - Histoire d’Israël. P. 1879.
LÉMANN (abbé Joseph) . — L’entrée des israélites dans la société

française.

— La prépondérance juive.

Leroy-Beaulieu (A.). — Les doctrines de haine, 2^ éd.

Lettres du sieur Berr-Isaac-Berr, manufacturier, membre du
Conseil municipal de Nancy à M. Grégoire, sénateur.
Nancy, 1806.

Lœe (Isid ). — Réflexions sur les juifs. P. 1884.

— Statuts des juifs d’Avignon en 1779. Versailles, 1881.
Lucien-Brun. — La condition des juifs en France depuis 1789.

P. 1900.
Malo. — Histoire des juifs. P. 1826.
Malvezin. — Histoire des juifs à Bordeaux. Bord., 1875.
Maulde (de\ - Les juifs dans les Etats du St-Siège.



BIBLIOGRAPHIE IX

MoNiN. - Les juifs de Paris à la fin de l’Ancien Régime.

P. 1892.
Notice sur l’état des israélites en France, en réponse à des

questions proposées par un savant étranger, par E.C. M.

P. 1821.
PoujOL. — Quelques observations concernant les juifs P. 1806.
Prudhomme. — Les juifs en Dauphiné. Grenoble, 1883.
Ratisbonne — La question juive P. 1869.
Réflexions sur la régénération des juifs. Nancy, 1806.
Reinach (Th ). - Histoire des israélites. P. 1901.

— Les études d’histoire juive depuis 1881 .

— Textes d’auteurs grecs et romains relatifs au judaïsme.

P. 1895.
Reinach (Salomon). — L’Inquisition et les juifs. P. 1900.
Renan — Le judaïsme comme race et comme religion. P. 1883.
RoDOCANACHi. — Le St-Siège et les juifs. P. 1891.
RoHLiNG — Le juif selon le Talmud. P. 1889.
RouBiN. — La vie commerciale des juifs comtadinsen Languedoc

au XVIlIe siècle.
Saige. - Les juifs du Languedoc. P. 1881.
Saint-André (de). — Francs-maçons et juifs. P. 1881.
Scheid. - Histoire des juifs d’Alsace. P. 1887.
Schwab. — Histoire des israélites. P. 1895.
Simon. — L’éducation chez les juifs au moyen âge. Nîmes, 1893.
Tridon. Le molochisme juif
Weill. — Le centenaire de l’émancipation des juifs P. 1888.



Jll. — Sources.

1. Pièces et Documents

Adresse présentée à l’Assemblée Nationale le 26 août 1789 par
lesjuifs résidant à Paris. N. Ld*^* 30.



X BIBLIOGRAPHIE

Adresse des juifs alsaciens au peuple d’Alsace pour qu’il

applaudisse à la possession des droits civils chez les

juifs. Ld^^’^ 42.
Adresse présentée à l’Assemblée Nationale le 31 août 1789 par

les députés réunis des juifs établis à Metz. A. N. AD.

XVII 49, n°3
Adresse de l’Assenriblée des représentants de la Commune de

Paris à l’Assemblée Nationale sur l’admission des juifs

à l’état civil.
Adresse de la Commune de Paris, dans ses sections, à l’Assemblée

Nationale. 8 février 1790. Imp. Jorry, 1790, in-4°.
Adresse présentée à l’Assemblée Nationale par les députés des

juifs Espagnols et Portugais établis au Bourg St-Esprit

de Bayonne. N. Ld^^^ 50.
Lettre de M Lenoir, lieutenant général de police au sieur Pereire,

Agent de la Nation juive Portugaise de Paris. N.

Ld^^^^ 19,
Lettre dans laquelle on prouve que le retour des juifs est proche.

P. 1739. Biblioth. Mazarine 41797.
Lettre à M. Rewbell, député de l’Alsace à l’Assemblée Nationale,

par A. Lambert. Metz, 10 mai 1790.
Lettre au Comité de Constitution sur l’affaire des juifs, par M. de

Bourge, représentant de la Commune de Paris Paris,

19 mai 1790. N. Ld^«M9.
Lettre d’un Alsacien sur les juifs d’Alsace à M. Rewbell. P. 1790.

N. LKM961.

Lettre adressée à M. Grégoire, curé d’Embermesnil, député de
Nancy, par les députés de la Nation juive Portugaise,
le 14 août 1789. A N. AD XVII, 49, 1.

Lettre des juifs établis en France à M. le Président de l’As-
semblée Nationale. N. Ld^’* 37.

Mémoire pour les juifs de Metz concernant une redevance de
20.000 livres qu’ils payent annuellement au duc de
Brancas. A. N. AD. XVII, 49, pièce 1.



BIBLIOGRAPHIE XI

Mémoire pour les héritiers d’Abraham Vidal, juif Portugais,
négociant à Paris. N. Ld*^”^ 22.

Mémoire présenté en 1780 par les juifs d’Alsace au Conseil
d’Etat de Louis XVI (dans Dohm, en appendice).

Mémoire particulier pour la communauté des juifs établis à
Metz, rédigé par Isaac-Ber-Bing, l’un des membres de
cette communauté, in-12. N. Ld^^^ 34.

Mémoire pour les juifs de Luné ville et de Sarreguemines.
N. Ld^«^ 35.

Nouveau Mémoire pour les juifs de Lunéville et de Sarregue-
mines, présenté à l’Assemblée Nationale le 26 février
1790. N. Ldi’^Ml.

Nouvelle adresse des juifs à l’x-Vssemblée Nationale du 24 déc.
1789. N. Ld*«’^ 36.

Odes prononcées par les juifs d’Avignon. N. Ye, 10.045.

Pétition des juifs établis en France adressée à l’Assemblée
Nationale, le 28 janvier 1790. par Godard, in 8. Bibl.
Maz. 42.749, pièce 18.

Plan d’un mémoire écrit par Rœderer. Arch. de Metz. Manus-
crits, n« 169, fo 246-7.

Procès-verbal de l’Ass. Nat. Extrait des registres du district des
Carmélites A. N. D IV, 3, n^ 24.

Rapport fait par M. Vion au district de St-Germain l’Auxerrois.
N. Lb^« 1576.

Rapport lu à l’Assemblée de la Société des amis de la Constitu-
tion de Strasbourg, le 27 février 1790. N. Ld^’’* 46.

Rapport au Roy du 29 août 1783 (préparatoire aux Lettres-
patentes de 1784). A. N. K. 1142), n« 56.

Rapport fait au Comité des Domaines, le 20 juillet 1790 sur le
droit de protection levé sur les juifs, par Devismes,
député de Vermandois, et décret conforme N Le^^ 785
et 817.

Réponse des juifs de la province de Lorraine. N. Ld’*^^ 45.

Requête des Marchands et Négociants de Paris contre l’admis-
sion des juifs. N. Ld^**’’ 16.



XII BIBLIOGRAPHIE

Requête h Nosseigneurs les Etats généraux (en réponse à
l’Adresse de la ville de Strasbourg). N. Ld*^* 27.

Très humbles et très respectueuses représentations des juifs de
la province d’Alsace, au sujet des Lettres patentes qui les
concernent. A. N. K. 1142, n» 45.

Très humble et très respectueuse adresse que présente à l’As-
semblée Nationale la commune tout entière de la ville
de Strasbourg. N. Ld*^* 44.

Vœu du district des Petits-Pères sur la pétition des juifs. N.
Lb^’^SOl.

Arch. nat. K. 1142, n© 46.

— — no 48.

— — no 49.

— - no m.

— - no 53.

— — n« 54.

— — no 55.

— — no 58.

— — no 61.



2. Etudes et Brochures



Apologie pour la nation juive ou Réflexions critiques sur le
1 61” chapitre du VIl^ tome des œuvres de M. de Vol-
taire, au sujet des juifs. Amsterdam, 1762.

Boissi (de). — Dissertations pour servir à l’histoire des juifs.

Debourge. — Discours. . . N. Lb’*^ 60.

Dissertation sur la demande des juifs de Paris, tendante à être
admis au rang de citoyens actifs, par M. Viellard, ancien
consul de France à la Chine. N. Lb*” 106 .

DoHM De la réforme politique des juifs. Dessau, 1781 .

Est-il des moyens de rendre les juifs plus heureux, par

Thierry, avocat au Parlement de Nancy, 1788.



ëIBLlOGRAPttlE Xllt

Grégoire. Observations nouvelles sur les juifs. N. Ld^*** 65.

— Motion en faveur des juifs. N. Ld^^* 28.

— Essai sur la régénération des juifs. N. Ld^^* 25.

Hell. — Observations d’un alsacien sur l’affaire présente des
juifs d’Alsace Francfort, 1779. N. Ld^»’^ 21.

— Mon opinion sur les juifs. P. 1789.

HouRwiTz. — Apologie des juifs, en réponse à la question :

Est-il un moyen de rendre les juifs plus heureux.
P. 1789

Le cri du citoyen contre les juifs de Metz. N. Ld*^* 241.

Les juifs doivent-ils être admis au titre de citoyen actif: Lisez
et jugez, 1790. N. Ld^** 48.

Lettre sur les juifs à un ecclésiastique par le baron de Cloots.
Berlin, 1788.

Lettre ou Réflexion d’un Milord sur la nation juive. N. Ld^^* 17.

Lettres de quelques juifs Portugais et Allemands à M. de Voltaire.
La Haye, 1769 (Ed de 1826). Z. 15. 381.

Lettre d’un citoyen, membre de la ci-devant communauté des
juifs de Lorraine à ses confrères, à l’occasion du droit
de citoyen actif rendu aux juifs. Nancy, 1791. N.
Ld*«* 55.

Lettre du sieur Berr-Isaac-Berr. P. 1790. Ld*^^ 114.

Lettre du sieur Jacob Berr. Nancy, 1790, in-8o.

Mémoire à l’Assemblée Nationale pour démontrer aux Français
les raisons qui doivent les déterminer à admettre les
juifs indistinctement au droit de citoyen, par la
baronne de Vasse. P. 1790. N. Ld^«^ 40.

Mirabeau. — De l’acte de naturalisation porté en 1753 dans la
Grande-Bretagne en faveur des juifs.

— Sur Moses Mendelssohn et la réforme politique des juifs.

Londres, 1787.
Observation intéressante, relative à la demande du droit de
citoyens actifs, faite au nom des juifs d’Alsace. N.
Ld^«*47.



XlV BIBLIOGRAPHIE

Observations sur l’état civil des juifs adressées à l’Assemblée

Nationale par M. l’abb.é L.. . P. 1790. N. Ld^** 39.
Pflieger. — Réflexions sur les juifs d’Alsace. P. 1790
Réflexions impartiales d’un citoyen sur la question de l’éligibi-
lité des juifs. N. Ld^«^243.



3. Journaux



Affiches des Evêchès et Lorraine.

Ami du Peuple (L’).

Annales de Mercier (Les).

Annales patriotiques et littéraires de la France.

Chronique de Paris.

Courrier de Provence (Le).

Courrier Français (Le).

Courrier de Corsas (Le).

Courrier de Paris (Le).

Courrier de l’Europe (Le).

Gazette de Paris.

Gazette Universelle (La).

Journal d’État et du Citoyen (Le).

Journal de Paris.

Journal de la Cour et de la Ville.

Journal de la Municipalité de Paris.

Mercure de France (Le) .

Moniteur Universel (Le).

Observateur de Feydel (L’).

Patriote Finançais (Le)

Point du Jour (Le).

Révolutions de France et de Brahanl (Les).

Rôdeur Français (^Le).



feiBLiOGRAPHiE XV



4. Recueils et Revues.



Actes de la Commune de Paris pendant la Révolution^ par

Sigismond Lacroix.
Archives Israélites.

Archives parlementaires (Mavidal et Laurent).
Brillon. — Dictionnaire des arrêts modernes. Edit. 17i27.
Bulletin maçonnique, 1891.
Causes célèbres de Des Essarts. t. 64. P. 1780.
Delamarre. — Traité de la pi lice. V° Juif. P. 1713.
Grande Encyclopédie. V» Juif (Th. Reinach).
GuYOT. — Répertoire. V^ Juif.

Halphen. — Recueil des lois concernant les israélites.
IsAMBERT. — Recueil général des anciennes lois de France,
Merlin. — Répertoire. Edit. 1813.
Nouvelle Renue historique de droit français. 1882.
Ordonnances d’Alsace (Recueil des).
Recueil de lettres patentes et autres pièces en faveur des juifs

Portugais, contenant leurs privilèges en France. P.

1765.
Révolution française, 15 août 1898, juillet-décembre 1886.
Revue des Deux-Mondes, juin 1869, 1891, juin 1886, avril

1888.
Revue des études juives (collection).
Revue d’histoire moderne et contemporaine, 1899.
Revue historique, t. XII et XIV.
Revue du Monde Latin, sept.-oct. 1891.
Revue philosophique, littéraire et politique, t. XLVIII, L.
Revue politique et parlementaire, sept. 1900.
Table générale des Archives de la Bastille, par M. Funck-

Brentano. P. 1894.
Univers israélite. Années XLI, XLII.




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